Aix-les Bains le 5-4-1915
Etendu sur mon lit dhôpital par suite de la douloureuse opération que je viens de subir jai tout le loisir de songer et de réfléchir. Je me propose décrire. Je voudrais donc retracer brièvement toutes les péripéties de mes aventures guerrières durant les campagnes 1914 et 1915 depuis le début jusquà lheure actuelle.
A lheure critique et inoubliable de la brusque mobilisation jétais à Paris comme garçon dHôtel. Vivement je fais un rapide inventaire de mes effets; je mets en ordre mes petits comptes et affaires personnelles pour en faire parvenir le tout à mes parents et je me dirige rejoindre mon corps à Annecy.
Je quitte Paris encore sous le coup des actes sensationnels : la grâce de Madame Caillaux et lassassinat de Jaurès .
Inutile de marrêter à ce détail : cest simplement pour nous tous les bouleversements de la crise.
Comme lindiquait mon livret je devais partir immédiatement sans délai et me mettre à la disposition de lautorité militaire à la gare de Lyon doù elle se trouvait déjà envahie par les mobilisés que le même ordre lindiquait sur leur livret.
Je fus alors embarqué vers 11h30 le dimanche 2 août et nous partîmes avec un entrain et un courage insurmontables dont pendant tout le courant de route il séchappait de tous les curs des chants patriotiques et nous arrivâmes à destination le 3 vers 2h de laprès-midi dont directement nous nous sommes mis à la disposition de notre commandant de Compagnie.
Mais les compagnies étant déjà à ce moment formées et prêtes à sembarquer avec les mobilisés les plus proches je fus tout dabord destiné à former la réserve du 11e du dépôt dAnnecy.
Cela ne me plaisait plus ou moins de mêtre dérangé de si loin et si vite pour venir faire la planche à la caserne.
Aussi lorsque deux jours après lon forma le 51e Bataillon de réserve je sollicitai le commandant de la 8e Compagnie le lieutenant Sibeyrand de vouloir bien menrôler dans ce Bataillon; ma demande fut acceptée et je fus versé dans cette compagnie.
Je fus donc vivement habillé ; des bonnes dames sétaient dévouées pour nous venir en aide dans la couture des écussons du 51e ou autres points divers entre autre nous fûmes presque tout tapissés de médailles ou autres petits porte-bonheur offerts par eux et cousus sur nos effets soigneusement (par eux aussi).
Enfin nous fûmes habillés et équipés en rien de temps sans que rien ne cloche et le soir au 6 nous passâmes la revue du commandant le capitaine Dechamp et à une heure du matin nous partîmes par une direction encore inconnue celle dAime (Savoie).
Nous y arrivâmes vers 1 heure de laprès-midi. Deux compagnies la 7e et 8e allaient cantonner à Mâcot et les autres resteraient à Aime même.
Là fut le lieu de nos manuvres préparatoires à la guerre et ça bardait pas mal pour lentraînement qui nous manquait à ce moment. Mais il le fallait pour nous refaire au métier.
Aussi lorsque nous reçûmes lordre de partir pour le front nous étions en parfait état de supporter toutes les fatigues de la guerre.
Enfin lheure critique cest lheure daller montrer ce que nous sommes les Alpins ! Il faut partir! Reviendrons nous? Dieu seul le sait!
Nous partons tous mes compagnons nos chefs avec une dose de courage sans pareil. Nous avons assisté à une dernière bénédiction donnée par le curé de Mâcot qui nous exhorta à faire notre devoir.
Etendu sur mon lit d'hôpital | On les aura ! | Au front | Journée tragique | Sauvé ! | L'espoir | Convalescence |Le voyage fut long et dur car nous avons fait le parcours dans des wagons à bestiaux aménagés pour cela et dura trois nuits et deux jours. Mais il fut encore assez gai car nous partions dans le ferme espoir de vaincre et nous fûmes acclamés dans toutes les gares et restaurés.
Nous devions selon certains dires cantonner à Gray le 23 au soir mais arrivé dans cette localité il y eut contre ordre et quoique étant déjà épuisés par la chaleur et la fatigue nous dûmes rouler encore toute la nuit.
Le lendemain arrivant près dEpinal nous commençâmes à entendre le canon. Alors je résolu décrire une dernière fois à mes parents avant darriver sur le champ de bataille car je my croyais bientôt arrivé leur faisant part de mes impressions subies en route je leur fais mes adieux je leur dis despérer. En gare dEpinal je fis partir cette lettre et après un court arrêt nous repartons plus loin. A la sortie de la gare nous apercevons un wagon de 1ere classe complètement informe. Doù venait il ? comment avait il subit cette mutilation ? cest ce que chacun se demandait. mais à quelques kilomètres plus loin nous fûmes renseignés sur ce spectacle en apercevant les tombes à coté dun cimetière couvertes de fleurs. Cétait le tamponnement dun train transportant des soldats du 159e dinfanterie qui venait de se battre comme des lions en Alsace et était dirigé sur St Dié dont 84 y ont trouvé la mort et un grand nombre de blessés. Ce terrible accident avait coupé la voie pour un jour ou deux. Les troupes nont donc pu être concentrées assez vite dans les environs de St Dié et cest ce qui a été soi-disant la cause de notre première défaite. Plus loin encore nous rencontrons un train sanitaire transportant des blessés que leur état nous faisait pitié à voir car cétait les premiers que lon apercevait et plusieurs autres transportaient des jeunes gens aptes pour le service que leur pays menaçait dêtre envahi par lennemi et aussi des trains de ravitaillement de vivres qui faisaient demi-tour. Cest déjà une vision de guerre qui est là devant nos yeux. Enfin nous ne sommes point encore au terme...Quelques kilomètres encore et nous sommes à St Dié. Mais nous dûmes encore passer la nuit du 24 août dans le train et à la pointe du jour le 25 lon nous annonce que nous sommes arrivés. Nous descendons alors du train et nous cassons la croûte en attendant lordre de débarquer prendre position. Et bientôt le canon se fit entendre sans discontinuer. Et bientôt lon aperçoit un avion qui vient nous survoler: cétait un taube. Vivement lon fait un feu à répétition dessus mais malheureusement sans succès il put senfuir et regagner ses lignes sans incident je pense.
Nous restâmes encore quelques heures à la gare et pendant ce temps lon apprit que des blessés prisonniers étaient abrités dans un hangar tout près et nous allons pour la première fois les voir.
Mais avant darriver vers eux un spectacle affreux se présente à nos yeux. Des morceaux de débris de fusils informes, des manteaux, des tuniques, des capotes déchirées trouées de balles et tachées de sang et ayant dû appartenir à des régiments du 30e et du 140e dinfanterie de ligne où je savais que plusieurs amis en faisaient parti et je me demandais si je ne me trouvais pas réellement en présence des effets leur ayant appartenu.
Enfin nous arrivons vers cet hangar où une sentinelle de la territoriale était en faction. Nous la supplions de nous laisser passer pour voir ces soldats Kaiser et malgré sa défense absolue nous forçons la consigne et un camarade parvint à ouvrir la porte et nous le suivons tous en bousculade et nous avons pu voir ce que cétaient ces hommes et nous nous retirons de suite afin de ne pas attirer lattention des chefs de ce pauvre territorial qui avait été impuissant de faire respecter ses consignes.
Vers 8 h nous fûmes dirigés sur différents points de la ville soi-disant pour y cantonner mais en cantonnement dalerte.
Là immédiatement lon se débarbouilla et ensuite chacun se préparait à installer une cuisine et prendre un petit repos bien gagné. Le jus et les frites étaient bientôt prêtes lorsque nous reçûmes lordre de partir donc adieu aux pommes frites et au jus. Tout fut renversé et 5 minutes après lon rompait les faisceaux et nous voila partis.
A quelque cent mètres nous fûmes tous rassemblés là, lon toucha chacun 120 cartouches et chacun une boule de pain pour 2 jours et autres vivres divers et nous allions rejoindre le secteur et remplir la mission que lon venait de recevoir en chantant les Allobroges et les Montagnes des Pyrénées et plusieurs autres chants patriotiques au son du canon qui de plus en plus se faisait entendre au milieu des acclamations de la population de la ville qui nous couvrait de fleurs et nous passait des bouteilles de leur vieux vin en disant: " il vaut mieux que ça soit vous qui les ai que les boches ".
Bientôt lon arrive à un tournant de route où lon nous fait marcher en tirailleur larme à la main et sans plus chanter même que parler à voix basse. Cela me rappela de suite les manuvres dexercice de guerre en temps de paix qui nétaient quun amusement et dont en ces temps lon aurait jamais cru que cela servirait et viendrait à la réalité.
Ce jour alors sen a été et je vous assure que lon utilisait le terrain lors même quil ny avait guère du danger. A une centaine de mètres plus loin ma section sabritait derrière une maison pour le reste de la journée à 2 kilomètres de la ville.
Le propriétaire de la maison vida sa cave pour nous donner à boire que notre soif était inaltérable et le soir lorsque lordinaire fut arrivé la compagnie y fit sa popote. Lon y cantonna, la soupe fut mangée vers 10h du soir. Ensuite des patrouilles furent envoyées dans certaines directions ou rien danormal fut signalé pendant la nuit. Le matin réveil avant le jour nous buvons encore le café qui devait être plus que le seul repas chaud de la journée et nous reprenons notre ancien poste de la veille. Mais vers 6 heures du matin daprès certains renseignements obtenus par des patrouilles nous dûmes changer de position pour se trouver caché de la vue de lennemi qui venait davoir un succès sur le 62e Chasseurs et avait légèrement avancé sur notre gauche. Vers 8 h du matin le canon ennemi fait entendre son ronflement sinistre doù les obus venaient éclater coup sur coup de 1000 à 1500 mètres de nous dirigés principalement sur des villages qui flambaient en un clin dil et de nos régiments et convois régimentaires qui ne savaient de quel côté passer pour les éviter.
Ce spectacle soffrait à nos yeux en plein et lon sestime heureux davoir été si bien placé pour éviter ce bombardement.
Etendu sur mon lit d'hôpital | On les aura ! | Au front | Journée tragique | Sauvé ! | L'espoir | Convalescence |Mais vers midi le spectacle change, des obus sont envoyés directement sur la ville en passant tous sur nous a une cinquantaine de mètres de hauteur et allaient tomber de 500 à 1000 mètres plus loin sans nous faire le moindre mal tous ont fait bon voyage pour lendroit destiné la ville. Pendant ce temps plusieurs taubes nous survolèrent et nous leur firent la chasse toujours sans résultats. Vers trois heures notre batterie de montagne aperçoit à quelque 100 mètres de nous une troupe de uhlans chargeant une de nos compagnie. En quelques minutes nous avons eu raison deux la troupe de uhlans fut anéantie en un clin dil et la compagnie sauve.
Mais quelques minutes après nous fûmes repérés et après des obus arrivent brusquement et tombent tous près de nous avec des bruits épouvantables . Quelquefois nous sommes tout éclaboussés de terre dautre fois nous voyons devant nos yeux des creux profonds causés par léclatement des obus toujours. Malgré ce fracas terrible il nétait pas le moment de battre en retraite nous dûmes partir pour attaquer en avant. Alors sur un front peut-être dun kilomètre nous partons par petits groupes comme lindique la théorie pour marcher sous le feu de lartillerie. Nous faisons à peu près 500 mètres en avant et la nuit fait bientôt son apparition. Les compagnies sont entrecoupées par quelques buissons et négligent de se transmettre les ordres si bien quà un moment les uns battaient en retraite et les autres marchaient toujours de lavant. Jusque enfin tout le monde reçut lordre de se retirer légèrement.
A ce moment la nuit était venue et un orage formidable sabattit sur nous nous trempant jusquaux os.... Il fallu plus de 2 heures pour se rassembler. Les villages qui brûlaient aux alentours faisaient apparaître des silhouettes de troupes au loin sur des crêtes quon occupait la journée et qui devaient toujours être occupées par notre batterie et une compagnie des nôtres. Mais toujours pour les causes de manque de communication on crut tout dabord que cette Compagnie avait abandonné la position et que nous avions à faire à des troupes ennemies donc lon se prépara à les recevoir en se dissimulant dans des granges baïonnette au canon tandis quune patrouille allait reconnaître ces troupes. Cétait heureusement encore les nôtres et nous partîmes les rejoindre. Nous apprîmes que coûte que coûte nous devions pas abandonner le village de Dijon que la 7eC sy trouvait toujours bien organisée à repousser toute attaque ennemie. Dans ces conditions la 8eC sy porta dans la formation quune troupe doit prendre en marche de nuit pour je ne sais quel motif. Les sentinelles apercevant nos éclaireurs crient "halte-là!". Alors un incident se produisit. Nos éclaireurs nayant pas répondu peut-être assez vite ou nayant pas entendu la sentinelle prit peur et tira sur nous en criant " aux armes! " en prenant la fuite rejoindre leur compagnie qui croyant que nous étions ennemis mis baïonnette au canon prête à répondre à lattaque. Notre patrouille en fit de même, rebroussa chemin par une voie inconnue sans avertir notre compagnie de ce qui venait de se passer et nous ne les avons pas revus même pour lattaque du lendemain.
Enfin nous sachant certains que cette escarmouche sétait passée faute dattention nous rentrons quand même dans le village en criant " Ne tirez pas cest la 8eC ". Mais cette compagnie étant toujours affolée ne comprit toujours pas et quelques uns tirent encore et nous arrivent dessus à la baïonnette. Mais à quelques pas nous reconnurent et sarrêtèrent. Pendant ce temps une section du 53e Chasseur était en reconnaissance se mit à tirer aussi croyant que cétait lennemi qui les avait tiré dessus. Nous ne savions plus où nous en étions et à qui lon avait à faire. Nos chefs ont tâché de nous faire garder le silence et de cette manière ils ont pu constater que nous étions tous des français en entendant le commandement des chefs de cette section égarée. Au premier moment de relâche de leur tir nous leur crions " ne tirez pas cest le 51e bataillon de Ch qui est là! " et lincident fut terminé.
Cette malheureuse attaque nous coûta quelques blessés mais heureusement pas de mort. Après ce petit événement qui dura peut-être une heure ma compagnie se retira dans un groupe de maisons tout près de St Dié. Là nous barricadons toutes les routes et une sentinelle fut placée à chaque entrée et lon se reposa quelques heures nos effets tout trempés et équipés, prêts à répondre en cas dalerte car lennemi était à 500 m de nous. A ce moment des villages entiers brûlent : cest la guerre dans tout ce quelle a de brutal. Lheure est tragique et solennelle. Notre vaillance emportée de Macôt se trouve bien restreinte sous le coup dun si brusque chaos. La sueur perle à nos fronts que nous croyons pourtant si braves. Le 26 sécoule.
Etendu sur mon lit d'hôpital | On les aura ! | Au front | Journée tragique | Sauvé ! | L'espoir | Convalescence |Encore une fois nous prenons le poste de la veille mais nous étions renforcés par 300 hommes de la réserve du 11eCh du dépôt qui venait darriver et une autre batterie de montagne. Quallait il se passer? Après une heure dattente lon aperçoit un de nos cycliste qui revenait à fond de train avec le fanion dun uhlan quil venait dabattre à coup de mousqueton et en blessant deux autres qui purent reprendre la fuite. Sa vaillance fut récompensée. Il fut nommé caporal immédiatement sur le champ de bataille.
Cest à ce moment que va commencer la terrible attaque dont je fus témoin. En voici le récit du mouvement fait par la 4e Section de la 8eCompagnie au combat de Dijon près de St Dié que je crois me rappeler autant que possible dont je fus blessé au cours de lassaut par une balle de fusil à la tête et faillis être achevé à coup de revolver lorsque jétais étendu par terre inoffensif pour lennemi.
Il était à peine 6 heures du matin lorsque le commandant de la 8eC le lieutenant Sibeyrand reçu lordre denvoyer une section à la disposition du commandant de la 7eC. La 4e section fut alors désignée commandée par le sous-lieutenant Bonimond et nous partîmes dans le village sans savoir pour quel motif encore.
Là, la moitié de cette section reçut je ne sais quelle mission. Nous nous restions donc plus que 25 à 30 h et furent mis en réserve pendant un instant. Pendant ce temps notre chef de section le lieutenant Bonimond nous fit part que nous étions désignés pour prendre loffensive et nous fit quelques recommandations entre autres nous fit savoir où étaient placés ses papiers sérieux, son testament et en cas quil tombe au cours de cette mission de les prendre et les faire parvenir au commandant du Bataillon pour les faire parvenir à ses parents. Enfin lon reçoit lordre de partir vers 7 ou 8 heures.
Nous partons en tirailleur en vrais guerriers le courage nous est revenu peu à peu; nous voulons voir de près les casques à pointe. Avant dentrer dans le bois à quelques mètres la patrouille les aperçoit et les voit se retirer. Ils nous en font part et le lieutenant leur dit de ne pas sen occuper, de rentrer dans le bois, que ce n était que quelques patrouilles ennemies égarées. Exécutant les ordres reçus, elle continue. Mais une fusillade sur elle les arrête et ils reviennent se joindre à nous. Notre chef alors en tête nous rassemble en ligne descouade derrière lui et nous entrâmes tous dans le bois sen soccuper de la moindre des balles qui nous sifflait de plus en plus aux oreilles. Ayant marché ainsi quelques centaines de mètres nous aperçûmes lennemi bien supérieur en nombre que nous qui se dissimulait dans les broussailles à une centaine de mètres de nous en jetant des cris horribles et se préparait à résister à lattaque.
Nous reçûmes alors lordre de mettre baïonnette au canon et par le même commandement " en avant! " nous nous élançâmes sur eux avec un complet mépris de la mort. Après les avoir repoussés quelques mètres notre offensive fut arrêtée par le terrain accidenté qui se présentait à cet endroit. Là nous avons dû descendre dans un petit bas-fond pour pouvoir continuer notre attaque. A ce moment lennemi reçut son renfort et nous contourna sur la gauche et nous voilà pris comme dans une souricière. Cependant, on continue davancer. Le lieutenant le sabre dune main le revolver de lautre disparaît dans les broussailles sur ma droite ainsi que tous mes camarades plus quà quelques mètres de lennemi. Cest alors que se déroula le terrible drame dont je fus le témoin.
Moi, je tenais la gauche à qui vers ce point venait seffacer le talus dune route que les Allemands occupaient en masse prêts à nous foncer dessus. Et alors mourir pour mourir sans moccuper si mes camarades se trouvaient toujours là je fis face à eux debout derrière un sapin et je vidais dans le tas la chambre du magasin qui se trouvait approvisionnée au complet et je pus encore tirer plusieurs fois coup par coup. Lorsque je me découvrais une dernière fois pour viser, je fus atteint par une balle de fusil sous lil droit pour aller perforer loreille droite et je tombe à la renverse évanoui quelques minutes. Lorsque je reviens à moi, jétais étourdi, je ne savais ce qui venait de se passer; je ne voyais plus rien et étais complètement assourdi. Mais en bougeant, je sens mon fusil crispé entre mes mains que je tenais placé sur mon ventre. Alors je compris la triste situation que je me trouvais et inutile de fuir puisque je me savais dans les lignes allemandes. Mais comme il pleuvait très fort ayant la face en lair couverte de terre ou autre débris, la pluie le faisait pénétrer dans les plaies et venait approfondir mes souffrances. Aussi, je résolus de prendre une position plus commode. Je me débarrasse alors de mon sac avec peine et jessaye de faire quartier face à terre. Lorsque je me trouvais appuyé sur les bras et les jambes, cest à dire dans la position à quatre pattes, je reçus une balle à lomoplate qui se logea dans les muscles du dos. Alors je tombe à plat ventre face à terre le bras droit sous ma poitrine le bras gauche allongé bien serré contre mon flanc gauche, les pieds allongés et joints et en laffaire de quelques secondes, jen reçu quatre autres : une au bras gauche dont le radius fut fracturé et traversa, une à la fesse gauche qui traversa et forma une plaie en séton et ces deux dernières dans le mollet et le talon gauche et y restèrent.
A lignoble brute qui sacharne ainsi sur moi pourtant incapable de nuire, cétait cinq coups de revolver tirés à bout portant.
Les allemands nachèvent-ils pas toujours les blessés. je ne devais pas faire exception à la règle. Je ne perdis pourtant pas une minute connaissance.
La vue étant toujours totalement perdue je me trouvais toujours dans la complète indisposition de pouvoir me défendre. Donc je fis le mort autant quil ma été possible et je crus bien que ma dernière heure était venue. Je songeais un instant à mes chers parents que je ne verrais plus; je songeais aussi à mon frère qui devait être aussi engagé dans les forêts voisines et joffris à Dieu ma vie. Mais non, la mort ne voulut pas de moi. Mon boche après mavoir retourné en tous sens me crut dans mes derniers râles et se contenta de me dépouiller de tout ce qui me restait : la somme de 108 francs environ et ses forfaits accomplis me remit face à terre et me laissa ainsi.
Etendu sur mon lit d'hôpital | On les aura ! | Au front | Journée tragique | Sauvé ! | L'espoir | Convalescence |Je fus donc par cette dame déshabillé entièrement et elle me remit du linge sec et ensuite aidé dun infirmier allemand lon me pansa mes blessures. Je restai ainsi obligé de coucher par terre tandis que nos envahisseurs sétaient appropriés les lits et les matelas de la maison et nous envoyaient leurs crachats et leurs ordures dessus, obligés de supporter ces orgies sans murmures. Bientôt cette dame craignant que lon soit bientôt évacués fit les démarches nécessaires pour faire parvenir de nos nouvelles à nos parents en inscrivant notre nom et prenant note de létat de notre blessure et des différentes nouvelles que lon désirait leur faire parvenir.
Mon état étant jugé grave, jai eu le bonheur déviter lévacuation. Le lendemain, tous les allemands furent évacués avec une partie des nôtres pouvant supporter le voyage.
Ce qui commença à faire notre bonheur je pus et ainsi que mes camarades être mieux couché.
Nous fûmes rassemblés au nombre dune douzaine dans la même chambre et confiés aux soins de cette dame pendant deux jours. A loccupation de la ville de St Dié et lorsquils y furent installés nous fûmes transportés dans lhôpital de cette ville dans une voiture à foin traînée par des bufs pendant la nuit vers 9 ou 10h du soir.
Immédiatement je fus placé dans un bon lit mais nai pas pu dormir mon pansement nayant pu être renouvelé vu le manque de temps.
Lhôpital était alors sur la complète domination allemande. Mais les bonnes surs françaises y étaient restées. Le service sanitaire y était organisé par les médecins allemands et un groupe dinfirmiers du landwher où une discipline y régnait et recevions les meilleurs soins sans différence des leurs.
Le lendemain nous fûmes alors placés selon la gravité de ses blessures ; un allemand alsacien reçut lordre de prendre notre nom.
Lorsquil passa vers moi, il fut étonné de voir que je lui donnais le même nom et la même adresse quun autre de la chambre et il men fit part. Aussitôt je demande à mentretenir avec ce blessé que je reconnus très bien lui aussi puisque nous étions tous les deux de Beaufort même. Lon essaya de se causer mais comme lon se trouvait dans chaque bout de la salle je ne pouvais comprendre chaque fois ce quil me disait étant en partie sourd. Nous demandâmes alors de vouloir bien nous placer lun à coté de lautre. Ayant déjà chacun son numéro dordre ça nous a été refusé. Enfin jy fus encore assez bien soigné si le temps leur avait permis de soccuper plus soigneusement de nous. Mais pour ce motif mon bras fracturé ne reçut pas des soins assez souvent quil se consolida en cerceau. Pour quand à mon pauvre compagnon, il dut subir lamputation de la jambe fracturé et de ces suites à son retour dans la chambre il perdit connaissance pour ne plus la retrouver. Il succomba après trois jours dagonie muni des sacrements de léglise.
Je restais 13 jours prisonnier et par un miracle providentiel jéchappais encore à lévacuation en Allemagne.
Etendu sur mon lit d'hôpital | On les aura ! | Au front | Journée tragique | Sauvé ! | L'espoir | Convalescence |Aussitôt, puisquil en était ainsi, aidés de quelques infirmiers civils, lon nous apporta une brassée deffets et tant bien que mal lon shabilla et chacun resta sur son lit se restaurant encore un peu en attendant que lon vienne nous prendre avec des brancards et nous embarquer vers lAllemagne. Mais bientôt se voyant poussé pour partir le matériel leur manquant pour nous emmener, lon prit dabord les leurs et nous passant une dernière visite nous jugeant inapte à refaire campagne nous abandonnaient au nombre de 21 dont je me trouvai parmi ces heureux. Ils quittaient alors précipitamment la ville avec leur butin; mais notre bataillon renforcé par dautres régiments les poussait dune telle façon quils se virent obligés dabandonner encore une partie de nos blessés et même des leurs afin déviter de se faire prendre au complet. Après un combat acharné qui se poursuivit toute la nuit du 10 septembre, ils furent poursuivis jusquà la frontière et le 11 vers 10 heures du matin nos troupes firent leur entrée dans la ville aux acclamations de la population qui les couvrit de fleurs. Jétais délivré, javais donc lespoir de revoir ma chère Savoie, mes parents, mes amis.
Malgré mes horribles souffrances car mon corps nétait plus quune plaie je connus un moment de bonheur.
Le 12 le service sanitaire fut réorganisé par la Croix Rouge française et le 13 la voie ferrée était en état de refaire le ravitaillement et amener des trains sanitaires. Donc ce jour il fut fait un triage des blessés qui leur était possible de supporter le voyage. Aussi comme à chaque instant des marmites venaient éclater tout près de lhôpital et que tous les jours lon entendait le canon jaurais voulu être du premier convoi à partir. Mais mon état étant jugé trop faible ce jour car javais plus de 40 de fièvre lon sy opposa rigoureusement.
Bientôt ayant reçu de bons soins de nos médecins la fièvre baissa et je me trouvai mieux.
Aussi le 16 je fus désigné pour partir. Et vers 3 heures de laprès-midi, je quittais Hôpital et transporté à la gare par des voitures sanitaires.
A 7 heures le train sébranle dans la direction dEpinal et je quitte peut-être pour toujours cette charmante petite ville où en peu de temps ma vie fut si mouvementée mais malgré cela jen garde les meilleurs souvenirs des grands soins reçus des chères surs françaises et dont certaines bonnes personnes sétaient jointes à eux pour leur porter aide aux soins si nombreux que lon avait besoin.
Quoique à ce moment on a dû dans cette contrée céder un peu de terrain et subir les ravages de la guerre, la défaite pour nos ennemis nen a été que plus grande puisque ce petit coin de France a été surnommé par eux le trou des morts, quils y avaient été amenés par une fausse manuvre de leur chef, y avaient perdu à cette époque déjà plus de 15 000 hommes et aboutissaient à rien.
Je maperçois que je me suis égaré sur le récit de mon voyage et je continue. Etant dirigé sur Epinal, jarrive dans cette localité vers 1 heure du matin ou le train stoppa. Et je reçus la visite dun major qui me jugea trop faible pour aller plus loin et je fus transporté à lhôpital St Maurice de cette ville en automobile et y resta jusquau 14 octobre ou je reçu de très bon soins mais bien pour ainsi dire provisoires.
Je passai à la radioscopie doù lon put constater que 3 balles métaient restées, une dans les muscles du dos qui fut enlevée le 20 Septembre et les autres au mollet et talon gauche par la même occasion lon y passa le bras consolidé en cerceau. Et ces opérations furent renvoyées croyant que les projectiles pourraient samener à un endroit plus facile à enlever.
Après avoir resté ainsi quelques jours lon me fit entrevoir ce quétaient mes blessures et si je tenais à être opéré le bras pour le remettre en bonne position mais quil serait peut-être préférable de le laisser ainsi. Et moi je leur répondis franchement que sil était possible de le remettre en place, quil le fasse immédiatement, cela métait égal de souffrir quelques jours et lon consentit à le faire.
Lopération eut lieu le 28 septembre et réussit très bien puisque à ce moment je nen ressent quune faiblesse et par la même occasion lon essaya mais sans résultats denlever celle du mollet qui mavait amené un douloureux abcès.
Les suites de ces opérations mamenaient bientôt un rétablissement partiel et me permirent de marcher avec une canne. Aussi vers le 14 octobre lon décida de menvoyer dans une autre formation. Lorsque avant mon départ je demandai au docteur ce que deviendraient les projectiles qui me restaient, il me répondit que je finirai de guérir ainsi et que je ne men ressentirai jamais de ma vie. Je lui fit part de mes meilleurs remerciements des bons soins quil lui a été permis de me donner et je me disposai à quitter Epinal sans avoir de grands regrets pour le motif ne voulant froisser personne, je mabstiens de lécrire.
Nous prîmes le train vers 3 heures de laprès-midi dans des wagons très bien aménagés. Nous arrivâmes à Gray vers 1 heure du matin pour en repartir que vers midi. Là jy ai eu le bonheur dy rencontrer plusieurs infirmiers compatriotes qui me firent part des nouvelles sensationnelles du pays de qui je men étais trouvé privé depuis le début de la guerre jusquà cette date. Après avoir reçu les meilleurs soins deux nous fûmes dirigés sur Besançon et y sommes arrivés vers 8 heures du soir et furent placés dans différentes formations.
Tout dabord Hôpital temporaire dHelvétie où je fus traité comme un enfant gâté et ensuite 15 jours après mon bras étant consolidé et toutes mes blessures nayant pas besoin daucun soin comme il était jugé par ces médecins, je fus envoyé pour un jour ou deux à lhôtel du Casino et ensuite au dépôt de convalescence des soieries . Là après un autre séjour de 15 jours, je fus proposé pour passer devant une commission doù jy ai obtenu une convalescence de deux mois.
Vers le 14 novembre, je quittais donc cette ville gardant de très bon souvenirs de la population dont certaines âmes généreuses qui venaient nous visiter nous les blessés en nous comblant de friandises et de bonnes paroles.
Ma convalescence portait litinéraire à suivre Besançon-Albertville. Mais comme javais été mobilisé de Paris et me voyant plus la capacité de pouvoir y retourner, je me dirige dans cette direction et paya quart de place du chemin détourné. Après y avoir séjourné un jour, je fis mes adieux le coeur bien gros à mes patrons dont javais resté deux ans à leur service et je que garderai toujours le souvenir. Et enfin, je fis mes adieux à mes parents et amis et je me dirige avec mes bagages vers la Gare de Lyon et je quitte la capitale peut être pour toujours par le train de minuit quarante cinq pour rejoindre mes parents en Savoie et y passer mes deux mois de convalescence.
Quelle joie pour un guerrier de revoir son cher patelin et comme jai trouvé agréable ma chère vieille maison si délabrée fût elle ! Javais deux mois de bonheur à passer. Quoiquayant été bien soigné, je devais rester avec de tristes infirmités: jétais myope, jétais sourd complètement dune oreille, mon bras cassé bien faible quoiquayant été remis bien en place et il me restait encore deux projectiles dans la jambe.
Et voilà après un mois et douze jours avec eux, ma jambe se met à me refaire mal. Je dois quitter brusquement mes parents et sous lordre du brigadier de gendarmerie au lieu de rejoindre mon dépôt, je vais directement à Aix-les-Bains.
Là, daprès une première visite passée au grand Cercle mon état est jugé assez grave et lon menvoie directement à lhôpital de cette ville où des pansements soignés ont bien vite raison de ma douleur et dans quelques jours on va essayer de mextraire mes projectiles. Enfin le 8 janvier après avoir été minutieusement passé à la radioscopie des médecins habiles procèdent à lextraction de la balle du mollet. Elle est retirée. Jen ai encore assez souffert car cette balle était bien profonde et mauvaise vu quelle était aplatie et formait des crochets. Mais avec les bons soins reçus un mois après jen suis rétabli et je nen ressens plus aucune douleur ou que légère.
Etant rétabli de celle-ci, bientôt lon soccupa de celle du talon qui, comme partout les docteurs dont je reçus les soins, était jugée très difficile à enlever et en restaient dans une indécision complète de lenlever vu que je nen souffrais pas trop et que je marchais ainsi encore assez facilement.
Comme je craignais des suites graves pour la suite de cette dernière je demandai à ce que lon me lenlève. Je fus donc radiographié et lopération fut décidée. Le 26 mars elle fut retirée par le chirurgien Cléret de Chambéry avec laide du docteur de la formation Monsieur Duvernay dont lopération précédente avait déjà été faite par eux. Cette dernière se fit dans de très bonnes conditions sans que je ressente rien au moment où on lenlevait vu que jai été bien endormi et sans en souffrir beaucoup des suites à mon réveil. Mais les nerfs ayant agi sur toutes les formes au moment de lextraction jen fis voir des cruelles à mes opérateurs qui étaient six pour me tenir et y employaient toutes leurs forces. La grande quantité de chloroforme que lon ma fait aspiré ne fit rien pour me calmer et cependant je me rappelle pas davoir souffert. Mais quelques heures après mon réveil je me trouvai bien indisposé causé par le chloroforme à qui après chaque opération que jai eue à subir me donna un assez fort mal de cur pendant 24 heures.
A ce moment mon état ne cesse de saméliorer et dici peu jespère en être bientôt rétabli.
10-04-1915
Etendu sur mon lit d'hôpital | On les aura ! | Au front | Journée tragique | Sauvé ! | L'espoir | Convalescence |A ce jour mes espérances se sont réalisées et je me trouve rétabli comme jamais je navais osé lespérer. Mais grâce aux habiles docteur Duvernay médecin de la formation et Cléret chirurgien de Chambéry qui furent les seuls après quatre mois dhôpital qui trouvèrent presque ces opérations toutes simples daprès de bonnes études que demandait mon état. Aussi lorsquelles furent décidées ils y allaient carrément et eux se sont trouvés émerveillés dobtenir un si bon résultat dont la dernière subie était la première quils faisaient de ce genre.
Et aussi grâce au grand concours donné par. les infirmières qui étaient toutes des surs de St Joseph dont jinscris les noms des deux qui soccupèrent principalement de moi avec une douceur et une patience remarquable et inoubliable Sur Emelie et sur Mathilde. Et enfin par tout le personnel de lhôpital qui se trouvait au nombre dune trentaine tous aussi dévoués les uns que les autres. Donc il est facile de comprendre le bons résultats obtenus après avoir été si bien traité.
Je ne puis encore attendre plus longtemps sans faire mention aux suites de bons traitements de la bienveillance de plusieurs personnes bonnes qui à chaque instant venaient nous visiter nous comblant de paroles réconfortables et chaque fois nous gâtaient comme des enfants en nous apportant tout ce quils jugeaient nous faire plaisir et utile. A la Noël 1914 et au premier jour de lan un grand banquet fut offert par eux. Des pièces de Guignol étaient jouées au grand Cercle pour notre distraction de temps en temps, et le cinéma était pour nous gratuit 2 ou trois fois par semaine. Et lorsque mon état me permit de marcher avec des béquilles ou avec des cannes ils nous était permis de faire de superbes promenades environnantes.
Joubliais aussi que tous les dimanches nous pouvions assister à la messe dite à la chapelle de lhôpital et tous les soirs ceux que leur état le permettait sy rassemblaient et en cur lon récitait le chapelet et la prière pour le salut de la France. Mais le mois de mars et de mai furent particulièrement plus jolis car le 19 mars mes camarades de chambrée me souhaitaient solennellement ma fête et durant les deux mois de ces grands saints et saintes un chant de cantiques divers organisé par laumônier de lhôpital était chanté chaque soir dont trois principaux je les ai joints à ce carnet mémorable.
Donc malgré les souffrances que moccasionnaient les suites dopérations que jai dû y subir, les bons soins et les douceurs que jy ai reçus et lensemble de toutes les bonnes distractions diverses qui se trouvaient à la portée de tous nous faisaient oublier bien vite encore nos malheurs.
Et je ne puis mempêcher de dire que jamais de ma vie je navais passé de si beaux jours. Telles sont les impressions gardées pendant les cinq mois et demi passés à Aix dans cet hôpital.
Vers le commencement de juin le docteur me jugeant à peu près rétabli me fit rentrer au grand Cercle dépôt de convalescence et me proposa pour un mois de convalescence et il fut obtenu par la commission que jai passée le 6 juin. Quelques jours avant, de ce dépôt je fus envoyé à la clinique de Chambéry pour me préciser la vue de lil droit qui ne lavait pas encore été depuis le 27 août. Ce fut le spécialiste Aurand qui en fit cet examen et le considéra comme perdu. Jaurais voulu que lon fasse lexamen de loreille aussi mais cela fut renvoyé à plus tard.
Donc puisque javais obtenu un mois jallais pouvoir partir chez mes parents mais mon certificat ne métait pas parvenu le 6 juin et à partir de ce jour je fus envoyé en attendant mes papiers dans un dépôt de convalescent à St Genix sur-Guiers et jy restai 13 jours. Joli petit coin de Savoie où nous fumes très bien reçus et quon avait toutes les aisances que nous pouvions espérer suivant notre état.
Bientôt on me prévient que mes papiers étaient en règle et que je pouvais partir chez moi le temps passé dans ce dépôt compta pour ma convalescence et il ne me restait plus que 17 jours à passer au pays. Je fis un très bon voyage mais ne pouvant faire le chemin du même jour je logeai à Frontenex chez le beau-frère de sur Mathilde Monsieur Bonnard maire qui ce sont trouvés heureux de voir un blessé soigné par leur belle-sur où jai été très bien reçu. Et le lendemain à 7 heures je quitte Frontenex pour Beaufort et jy passai le reste de ma convalescence mais étant encore bien faible je nai guère pu travailler.
Le 5 juillet je rejoins mon dépôt à Annecy et après une visite sérieuse je suis proposé pour lauxiliaire avec gratification à passer devant la commission spéciale et en attendant dy passer lon menvoie au dépôt de la Feuillettte dAnnecy. Dans ce dépôt lon y était assez bien si ce navait été le chef du dépôt qui avait le grade dadjudant et nous traitait pire quen galère où je me suis vu infligé la première punition de ma vie un jour de salle de police pour navoir pas eu ma cravate à un rassemblement dans la cour le premier jour sans avoir été prévenu quil fallait avoir cette tenue.
Le 20-7-1915